Georges et Tchang, une histoire d'amour au vingtième siècle

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Georges et Tchang, une histoire d'amour au vingtième siècle

Message  stefan le Dim 27 Jan - 3:04

Georges et Tchang, une histoire d'amour au vingtième siècle de Laurent Colonnier aux éditions 12 bis


Derrière ce titre un peu provocateur, qui n'a scandalisé que ceux qui n'avaient pas lu le livre, se cache un bien bel hommage à Hergé. Il y a, quand on se penche un peu sur la carrière d'Hergé quelques albums "tournants", des livres un peu plus importants ou marquants que d'autres. Un de ceux qui moi personnellement m'avait le plus intrigué est le "Lotus bleu". Je m'étais toujours demandé comment l'auteur colonialiste, impérialiste, paternaliste et un brun rasciste de "Tintin au Congo" avait pu écrire un brulot anti colonialiste virulant comme le "Lotus Bleu". J'y voyais une preuve de l'intelligence et de la sagesse d'Hergé. Avoir des idéaux nobles et humanistes quand on a été élevé par des humanistes, c'est relativement facile. Ouvrir les yeux sur le monde et tourner le dos à son éducation quand on a été élevé par des intégristes comme ce fut le cas d'Hergé, c'est déjà une chose beaucoup plus rare et admirable. Certains avançaient que le Congo était Belge et la Chine anglaise, mais cela ne peut suffire à expliquer le gouffre idéologique entre les deux albums qui relève bel et bien d'une prise de conscience.
Un autre album qui m'a profondément marqué, presque traumatisé, en fait, quand je l'ai lu petit, c'est "Tintin au Tibet" qui aborde de manière très frontale la mort et la disparition d'un être cher.
Derrière ces deux albums se cache une rencontre extrêmement importante pour Hergé, la rencontre avec un jeune chinois nommé Tchang qui va le marquer profondément humainement et artistiquement, et devenir le personnage principal de ces deux albums de Tintin.
Derrière le titre de l'album, "Georges et Tchang, une histoire d'amour au vingtième siècle", un lapsus d'Hergé au cours de l'émission apostrophe en 1979, où, à propos de "Tintin au Tibet", Hergé parle d'une histoire d'amour.



Laurent Colonnier se penche donc sur cette période extrêmement importante de la vie d'Hergé et nous raconte une amitié forte et fusionnelle. le sujet est riche, d'autant plus riche que derrière Tchang, il y a des amis chinois à lui, membres du parti communiste qu'on a soupçonné d'avoir tenté de les manipuler, de profiter du succès grandissant d'Hergé pour faire passer, à travers le Lotus bleu, alors en préparation, les messages de propagandes chinoises et anti japonais qui s'y trouvent bel et bien. Laurent Colonnier dispose donc, quand il s'attaque à cet album, d'un matériel riche et conséquent. Mais écrire une biographie, faire vivre un personnage réel, le faire parler, quelle que soit la documentation dont on dispose est une tâche ardue. L'auteur choisi donc d'utiliser un procédé ultra efficace et qui a fait ses preuves, glisser dans l'album des références à l'oeuvre de l'auteur, ici, donc, aux albums de Tintin.



Ce procédé a trois avantages énormes. En confrontant le personnage réel, Hergé, à ses personnages imaginaires, on revendique la part romancée et fictionnelle de l'album. En faisant de ses scènes des sources d'inspiration possibles des albums, on rend se qu'on décrit crédible, les albums devenant les preuves que ce qui a été raconté pourrait bien avoir eu lieu. Et enfin, on fait des clins d’œil complice au lecteur déjà conquis par l’œuvre d'Hergé qui va être heureux de se les remémorer tout au long de l'album. La seule petite difficulté de ce procédé et de savoir introduire intelligemment ces scènes, qu'elles n'aient pas l'air parachutées et incongrues mais qu'elles s'intègrent parfaitement à la trame globale de l'histoire, ce que Laurent Colonnier fait ici très habilement. Alors j'en vois déjà qui vont dénoncer le procédé, parler de facilité. Une telle accusation montrerait une parfaite incompréhension de la raison d'être même d'un livre comme ce "Georges et Tchang". Quel intérêt de faire une biographie d'un auteur que l'on aime? Essayer de percer ses secrets? Chercher, par voyeurisme, avec une curiosité malsaine, à perser les mystères de sa vie privée? Bien sûr que non. La seule raison pour un auteur de BD de produire un tel livre, c'est de rendre hommage à l'oeuvre d'Hergé, de s'y confronter, ce qui rend les clins d'oeil directs à cette oeuvre absolument indispensables. Quoi qu'on en dise, ce Georges et Tchang est donc, avant tout, comme je l'écrivais au début de ce texte, un bien bel hommage à l’œuvre d'Hergé. Pour le reste, comme nous le rappel fort justement Laurent Colonnier en préface: "tout est vrai, tout est faux, tout est vraisemblable, tout est faux-semblant."

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